
[Couplet 1] Au matin, le clavecin soupire sous mes mains, Portées et clés de sol dansent sur le panneau des destins ; Un manuscrit inconnu dort sur l’ivoire, Contrepoint secret qui m’invoque à chaque memoire. Les trilles s’enchaînent, les cadences se croisent, Chaque renversement aiguise mes doigts en malaises ; Je lis et mes yeux glissent sur la modulation, Comme un reflet cruel d’une ancienne création. [Refrain] Je me consume en lente décomposition, Chaque fugue m’arrache un souffle de composition ; Les petites figures me rongent, les contrepoints me brisent, Chaque cadence parfaite m’ôte une part de crise. Si ce prélude m’a précédée avant moi, Si ses notes ancestrales habitent ma voix, Suis-je l’auteure ou simple spectatrice, D’une musique qui m’élève et me narcotise ? [Couplet 2] Les intervalles me transpercent comme un cru de cuivre, Les suspensions pèsent, et mes articulations chavirent ; Les séquences s’étirent, les motifs me dévorent, Chaque modulation me consume encore et encore. Le tempo s’efface et mon souffle se perd, Le fortissimo me brise, le pianissimo me désert ; Mes doigts s’emmêlent dans la fugue terminale, Et mon corps s’efface en accords fatals sans égale. [Refrain] Je me consume en lente décomposition, Chaque fugue m’arrache un souffle de composition ; Les appogiatures me rongent, les contrepoints me brisent, Chaque cadence parfaite m’ôte une part de crise. Si ce prélude m’a précédée avant moi, Si ses notes ancestrales habitent ma voix, Suis-je l’auteure ou simple spectatrice, D’une musique qui m’élève et me narcotise ? [Pont / Monologue] Peut-être que les motifs flottent hors du temps, Suspendus dans l’air, dans l’éther des vivants ; Et que le prix du contrepoint, du trille et du cri, Est de perdre sa chair pour nourrir l’infini. [Final / Décomposition ultime] Le clavecin gémit son ultime mesure, Le silence s’installe, dense et sûre ; La musique demeue, parfaite et souveraine, Tandis que je m'éteins dans ma peine.

