
On marchait dans la forêt, moi pis ma sœur main dans la main Les grands érables nous regardaient, silencieux au bord du chemin Y’avait des cannes de sirop d’érable accrochées après les branches On mettait nos doigts dans le sucré, on riait, la vie nous penche Le ciel sentait la fin d’hiver, la neige fondue sous nos bottes On faisait des traces dans la terre, sans se douter de la suite qui trotte C’était juste une journée d’même, une petite balade sans raison J’me doutais pas que cette fois-là, j’allais courir pour de bon [Refrain] Courir, courir jusqu’à la maison Le cœur qui tape comme un gros canon Pour ma sœur tombée dans le grand lac Je cours, je pleure, j’ai le souffle à sac Courir, courir pour dire aux parents Que j’ai peur de la perdre maintenant Dans ma tête ça tourne en chanson Courir, courir jusqu’à la maison [Couplet 2] Tout à coup le chemin s’ouvre, un grand lac froid devant nos yeux Ma sœur s’avance un peu trop près, le sol glisse, c’est malchanceux Je la vois tomber dans l’eau sombre, le temps arrête, j’crie son nom Je tends la main, j’ai trop la frousse, je gèle planté sur le gazon Elle disparaît puis remonte à peine, ses yeux se ferment, elle bouge plus Mon cœur éclate dans ma poitrine, j’me sens petit, j’me sens perdu Alors je tourne sur mes talons, je pars en fou sans regarder Y’a juste une phrase dans ma tête : “Faut aller les avertir, dépêche, vas-y!” [Refrain] Courir, courir jusqu’à la maison Le cœur qui tape comme un gros canon Pour ma sœur tombée dans le grand lac Je cours, je pleure, j’ai le souffle à sac Courir, courir pour dire aux parents Que j’ai peur de la perdre maintenant Dans ma tête ça tourne en chanson Courir, courir jusqu’à la maison [Pont] J’ouvre la porte en criant fort : “Maman, papa, y’a un problème dehors!” Les mots s’enfargent, j’ai plus de voix Mais ils comprennent en voyant mon émoi On repart tous en catastrophe Papa au volant, maman qui s’étouffe De peur, de stress, de trop d’images La route est longue, mais on est courage [Couplet 3] On revient vite près du grand lac, ma sœur est là, toute pâle, couchée Maman la prend dans ses deux bras, papa dit : “Faut pas lâcher” Elle s’est évanouie, ses yeux sont clos, on la serre très fort contre nous On la ramène en auto chez nous, comme si la maison pouvait tout Les pneus qui roulent, le temps qui freine, j’regarde ma sœur sans rien parler Je me promets dans ma petite tête de plus jamais la lâcher Dans mon esprit, au fond du bois, y’a des cannes de sirop qui brillent Et le goût sucré sur nos doigts me rappelle que la vie vacille [Refrain – final] Courir, courir jusqu’à la maison Le cœur qui tape comme un gros canon Pour ma sœur tombée dans le grand lac Je cours, je pleure, j’ai le souffle à sac Courir, courir mais au bout du chemin Y’a ses yeux qui reviennent, y’a sa petite main Et dans ma tête, comme une leçon : On tient plus fort ceux qu’on aime à la maison [Outro doux] Dans la forêt, un autre matin, On repassera peut-être un jour Mais cette fois-là, je la tiens bien, Ma sœur, ma peur… et tout mon amour.


