Y’en a qui portent une souche Accrochée comme un vieux blason, Qui jurent qu’elle reste farouche À force d’être leur maison. Ils la cirent tous les dimanches, Ils lui font de grands discours, Mais une souche, même bien blanche, Ne fait pas renaître les jours. Moi, je préfère les arbres libres, Ceux qui dialoguent avec le vent, Ceux qui offrent aux oiseaux ivres Un refuge entre leurs bras géants. Car l’arbre qui ferme ses branches À tout ce qui vient d’ailleurs, Finit par compter ses feuilles mortes Au lieu de compter ses fleurs. Il grave son nom sur l’écorce, Il se proclame le premier, Mais le temps, avec douce force, Efface les mots trop fiers. La forêt n’a jamais demandé Au chêne son acte de naissance ; Elle accueille sans regarder La graine portée par le silence. La terre n’a pas de clôture, Le ciel n’a pas de papier, Et le ruisseau dans la verdure Ne demande pas d’où vient l’été. Alors gardez vos vieilles souches, Vos grands discours et vos trésors ; Moi, je préfère une âme qui touche Plutôt que les vieux bois morts. Car au bout du compte, mes frères, Quand viendra le dernier hiver, Ce ne sont pas les vieilles pierres Qui feront refleurir la terre. Ce seront des mains qui se tendent, Des voix qui chantent à l’unisson, Des arbres dont les branches apprennent À faire une seule chanson. Et quand renaîtra la lumière Sur les chemins du lendemain, La forêt sera notre mère, Et le monde un même jardin.