
Sous le ciel noir de Port-de-Givre, Nos pas claquent comme des tambours, Et la potence qui nous enivre Ne réclame que notre retour. Les cordes dansent, déjà prêtes, Comme des serpents affamés, Et l’on sourit, lèvres discrètes, À l’ombre qui vient nous chercher. (refrain – chœur grave) Hissez nos vies, qu’on les balance, Qu’on rompe l’air d’un dernier cri ! Hissez nos torts, notre errance, Car la mort n’a jamais pris nos esprits ! On a pillé plus d’une côte, Ri du canon, défié les rois, Bu le sang, le rhum, les fautes, Sans jamais courber une fois. Et maintenant, fiers devant l’échafaud, On avance sans une prière, Car mieux vaut finir au corbeau Que vivre à genoux sur la terre. (refrain – chœur rugueux) Hissez nos vies, qu’on les balance, Qu’on rompe l’air d’un dernier cri ! Hissez nos cœurs, lourds comme la lance, Qui a transpercé tant d’ennemis ! Le vent fouette comme un fouet d’orage, Il chante plus fort que le prêtre, Et dans nos yeux brûle un mirage : La mer qui nous appelait maître. Oh, mer ancienne, mer traîtresse, Garde nos noms sous tes torrents, Car même à l’heure de la détresse, Nous rions comme de vrais brigands. (dernier refrain – chœur puissant) Hissez nos vies, qu’on les suspende, Que tourne le monde autour de nos corps ! Hissez nos ombres qui descendent, Car on n’a jamais eu peur de la mort ! Et quand les cordes se resserrent, Qu’un craquement scelle nos pas, On vous lègue, face à la terre, Ce chant que le ciel n’étouffe pas : Nous sommes les fils du large, Les pendus qui ne plient jamais, Et tant que la mer porte sa charge, Nos voix erreront à jamais.

