
Séridione III : Le Calice des Ombres
Après avoir traversé les reflets de deux miroirs anciens et libéré les âmes qu'ils retenaient prisonnières, Séridione croyait enfin pouvoir reprendre sa route. Mais le Temps avait déjà choisi une nouvelle page de son histoire. Propulsée en l'an 1200, Séridione découvre un royaume où le roi se meurt sans blessure apparente. Chaque jour, son souffle s'affaiblit, tandis que les héritiers se déchirent déjà autour du trône. Dans les couloirs du château, les sourires cachent des fioles, les prières dissimulent des complots, et le poison devient une arme plus redoutable que l'épée. Sans le vouloir, Séridione se retrouve au cœur d'une prise de pouvoir où chacun pourrait être l'empoisonneur... ou la prochaine victime. [Intro] Une page s'efface au vent de l'histoire, Les derniers éclats se perdent dans le noir. Je croyais marcher vers un nouveau matin, Sans savoir que le Temps me tendait déjà la main. Mes lunettes de cuivre brillaient dans le silence, Comme si leurs reflets annonçaient l'urgence. Puis le ciel s'est fendu d'un immense éclair, Et les siècles ont soufflé toute leur colère. Les rouages du monde se sont mis à tourner, Le sol sous mes pas s'est soudain effacé. Quand j'ai rouvert les yeux sous les branches d'un chêne, Le vent parlait une langue ancienne. [Couplet 1] Au loin, des cavaliers traversaient la forêt, Leurs lances reflétaient la lumière en secret. À peine m'avaient-ils vue surgir de nulle part, Qu'ils levèrent leurs épées en criant au hasard : "Une sorcière !" (Une envoyée des enfers ! ) Ils lièrent mes poignets de chaînes et de fer. Je n'avais pour répondre à leurs regards de peur Que le battement pressé de mon propre cœur. À travers les remparts d'un immense château, Les cloches résonnaient comme un sombre écho. Le roi se mourait lentement depuis des lunes entières... Et chacun semblait attendre... la fin de sa lumière. [Pré-refrain] Les murs ont des oreilles, les ombres ont des yeux, Chaque mot peut conduire un innocent au feu. Ici la vérité se paie au prix du sang... Et l'aube n'attend jamais longtemps. [Refrain] Dans les couloirs du vieux royaume, Le poison marche comme un fantôme. Sous les couronnes et les prières, La mort avance sans faire de guerre. Qui dit vrai ? Qui ment encore ? Qui rêve déjà d'un trône d'or ? Avant que le dernier souffle s'enfuie, Je dois retrouver celui qui détruit. [Couplet 2] À l'aube, un vieil apothicaire est venu me trouver, Le regard fatigué par des années de secrets. Il murmura tout bas : « Je peux sauver ta vie... Si tu sauves d'abord celle de mon roi maudit. » « Demain, lorsque le soleil franchira les remparts, Le bûcher sera prêt... Il sera trop tard ! Le chapelain réclame déjà ton jugement... Il te nomme sorcière devant tous les croyants. » Il me mena en silence jusque dans la chambre royale. Le souverain s'éteignait sous une pâleur spectrale. Alors mes lunettes de cuivre vibrèrent doucement... Et un voile noir s'accrochait à ses lèvres, silencieusement. « Ce n'est pas une fièvre... ni la volonté des cieux... » « Quelqu'un verse la mort... goutte après goutte... sous leurs yeux. » Dans le couloir voisin, deux silhouettes enlacées S'éloignaient à la hâte avant d'être remarquées. Une couronne brillait sous un voile de satin... La reine n'était pas seule... Un homme lui tenait la main... [Refrain] Dans les couloirs du vieux royaume, Le poison marche comme un fantôme. Sous les couronnes et les prières, La mort avance sans faire de guerre. Qui dit vrai ? Qui ment encore ? Qui rêve déjà d'un trône d'or ? Chaque vérité cache un détour... Et l'ombre s'approche de la cour. [Pont] J'ai suivi leurs pas jusqu'au labyrinthe, Là où même la lune est hors d'atteinte. La reine pleurait dans les bras de son amant, Le cœur partagé entre le devoir... et ses serments. « Nous avons trahi le Roi par amour, Mais jamais nous n'avons souhaité voir finir ses jours. S'il venait à mourir, nous serions condamnés... Notre secret vaut mieux qu'un roi sacrifié. » Leurs voix ne portaient ni la haine ni la peur, Seulement le poids d'un impossible bonheur. Alors mes lunettes de cuivre ont soudain vibré... Comme si je regardais du mauvais côté. Tic... Tac... Tic... Tac... Je revins dans la salle où brûlaient les cierges saints. Le chapelain priait, le regard vers le dehors. Il bénit lentement la coupe du souverain... Puis ses doigts s'attardèrent un instant sur le rebord. Les lunettes vibrèrent à nouveau. Le temps sembla ralentir. Autour du calice, un voile noir apparut. Ce n'était pas le vin... Le poison était déposé sur la lèvre de la coupe. À chaque bénédiction. À chaque prière. Jour après jour. Le roi buvait la mort... en croyant boire la grâce. Le chapelain leva les yeux vers moi. Il comprit. Et, pour la première fois... ...je vis la peur dans son regard d'assassin. [Dernier refrain] Le destin retenait son souffle, Le palais sombrait dans le silence. Entre les mains d'un faux prophète, Vacillait l'espoir de tout un royaume. Une coupe... un geste... un royaume en suspens... Et le Temps retenait son élan. J'ai renversé le calice avant l'ultime gorgée, La vérité allait enfin éclater. « Arrêtez-la ! » Les gardes dégainèrent leurs épées. Le chapelain pointa Séridione du doigt. « Cette sorcière veut assassiner notre roi ! » La salle entière recula. Alors le vieil apothicaire s'agenouilla près de la coupe renversée. Sur le rebord d'argent... Une poudre noire brillait sous la première lumière de l'aube. Puis il leva lentement le doigt vers le chapelain. Sa voix trembla. « Le poison... » Tous les regards se tournèrent vers lui. Le chapelain voulut s'enfuir. Les héritiers lui barrèrent le passage. Ses mensonges tombèrent... Avant lui. [Dernier refrain] Les cloches chantaient sur les remparts, Le roi respirait un nouvel espoir. Les masques tombaient les uns après les autres, La lumière traversait enfin les vitraux. Je n'étais qu'une ombre de passage, Une voyageuse sans royaume ni visage. Quand l'Histoire retrouve enfin son chemin, Le Temps reprend toujours le mien. [Outro] Le complot venait de s'effondrer. Le royaume était sauvé. Alors... Les lunettes de cuivre se mirent à vibrer. Autour de Séridione apparurent d'immenses engrenages de lumière. Les flammes des torches s'immobilisèrent. Les bannières cessèrent de flotter. Même le vent se tut. Le Temps retenait son souffle. Le roi s'approcha lentement. Il posa une main sur son épaule. « Qui êtes-vous ? » Séridione esquissa un sourire. Elle ouvrit les lèvres... Mais aucun mot ne franchit sa voix. Les rouages se refermèrent sur elle. La lumière l'emporta. Elle disparut. Il ne resta qu'un tintement de cuivre... Comme si le temps venait de tourner une nouvelle page. Et pour Séridione... Une nouvelle aventure avait déjà commencé.

