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02 Les poches sans droits

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V6

On jette des tonnes de nourriture, Pendant qu’ailleurs on serre les dents, On laisse pourrir des montagnes De pain, de fruits et de printemps. Ce n’est pas que la terre est vide, Ni que le monde manque de grain, C’est qu’il faut montrer patte blanche Pour avoir droit à son morceau de pain. Personne ne meurt de faim Parce qu’il n’y a plus rien à manger, On meurt quand on n’a pas les moyens D’acheter ce qu’on vient de jeter. Personne ne meurt vraiment de froid Parce que le feu ne sait plus brûler, On meurt dehors, les poches sans droits, Quand on n’a plus de quoi payer. On construit des maisons par milliers, Des appartements restent fermés, Des fenêtres regardent la rue Sans jamais voir personne entrer. Et pendant qu’on compte les mètres Comme on compterait des billets, Des hommes dorment sous les étoiles À deux pas d’un toit verrouillé. Personne ne meurt de faim Parce qu’il n’y a plus rien à manger, On meurt quand on n’a pas les moyens D’acheter ce qu’on vient de jeter. Personne ne meurt vraiment de froid Parce que le feu ne sait plus brûler, On meurt dehors, les poches sans droits, Quand on n’a plus de quoi payer. On nous dit : « C’est la loi du marché, Chacun récolte ce qu’il mérite. » Mais dites-moi donc ce que mérite Celui qui n’a plus rien dans sa suite ? Si l’abondance devient privilège Et la misère une faute à payer, Alors peut-être qu’il faut changer La règle avant de changer les gens. Personne ne meurt de faim Quand le monde a de quoi nourrir, Personne ne meurt vraiment de froid Quand il reste des toits pour dormir. Mais quand l’argent devient la clé De tout ce qui devrait être humain, Alors ce n’est plus la faim qui tue… C’est de ne pas avoir d’argent dans les mains. Et si demain nos poches étaient vides, Mais nos portes grandes ouvertes, Peut-être qu’on découvrirait enfin Que l’humanité n’est pas une marchandise.