
Ce n’était pas prévu, c'était pas noté, C'était entre deux portes, entre deux cafés. Ils parlaient de rien, ils parlaient de tout, Et puis tout à coup, ils parlaient moins du tout. Elle avait une mèche qui lui cachait les yeux, Lui cherchait ses mots, ce qui devenait sérieux. Le couloir était vide, ou presque désert, Et quelque chose flottait dans l'atmosphère. Y a eu un blanc, mais pas un blanc gênant, Le genre de silence qui dit vas-y, maintenant. Elle s'est rapprochée d'un demi-pas, Lui s'est demandé on y va ou pas ? Ils ont chancelé le temps d'un soupir, Puis leurs deux visages ont cessé de réfléchir. Leurs lèvres se sont trouvées sans prévenir, Et le monde entier s'est mis à réagir. Quand leurs lèvres se sont rencontrées, Les pigeons sont partis défiler, En formation militaire, Comme un quatorze juillet dans les airs. Le distributeur a joué du violon, Avec beaucoup de passion. Et voilà qu'un huissier est apparu : Premier baiser constaté, reconnu, homologué ! Pendant que le monde faisait son cinéma, Eux se demandaient tout bas : Ça va, toi ? Oui, et toi ? On recommence, pour voir ? Ils ont souri comme deux imbéciles, Avec le cœur en travaux, les jambes fragiles. Ce n’était pas grand-chose, à première vue, Mais aucun des deux n'était tout à fait le même. Pas de feux d'artifice, pas de grands discours, Juste deux étudiants qui changent de parcours. Un petit vertige, un drôle de problème, Comment on fait quand quelqu'un vous plaît vraiment ? Elle a baissé les yeux, il a souri, Et le silence leur a répondu ici. Ils se sont embrassés une deuxième fois, Pour être sûrs que le premier ne comptait pas. La deuxième fois, plus aucun pigeon, Plus d'huissier, plus de violon. Juste deux sourires au milieu du couloir, Deux cœurs qui venaient de changer d'histoire. L'amitié glissait doucement, Vers quelque chose de plus grand. Premier baiser. Constaté. Approuvé.

