
Lucifer murmure dans l’ombre, En silence au fond de ta tête, Qui marche derrière toi? Qui marche derrière toi? Tiens-toi debout, fier, invincible, Même quand les vieux clochers Font trembler leurs croix dans le ciel. On nous disait : « Marche droit, mon enfant, Le Bon Dieu voit tout, même tes pensées. » À genoux devant l’autel, Le front baissé devant le curé, Avec l’encens qui monte au plafond Pis la peur de l’enfer dans le sermon. N’oublie jamais la mort, N’oublie jamais ceux qui sont partis, N’oublie pas qu’un jour, sacrament, Les cloches vont sonner pour toi aussi. N’oublie jamais la mort, N’oublie jamais ton ami, Sous la neige, sous les croix, Personne reste ici pour l’éternité. Crache pas tes prières juste pour te cacher, Sacrament, le ciel connaît déjà ton nom. T’auras beau serrer ton chapelet Pis demander pardon à genoux dans le salon, Quand la nuit vient cogner à ta porte, Y’a pas un saint qui peut barrer la serrure. Navigue tout seul sur le Saint-Laurent, Dans le vent noir qui arrache les prières, Les églises regardent passer le temps, Avec leurs statues couvertes de poussière. Lucifer marche dans ton ombre, Saint Pierre garde encore sa vieille clé, La Sainte Vierge pleure dans son cadre, Pis Jésus reste cloué au-dessus de l’escalier. N’oublie jamais la mort, N’oublie jamais ceux qui sont partis, N’oublie pas qu’un jour, câlice, Les cloches vont sonner pour toi aussi. N’oublie jamais la mort, N’oublie jamais ton ami, Du baptême jusqu’au dernier sacrement, On finit tous devant le même silence. On nous promettait le paradis Si on fermait nos gueules pis qu’on obéissait, Confesse tes péchés, récite ton rosaire, Trois Ave Maria pis retourne à tes affaires. Mais derrière les portes du presbytère, Combien de secrets sont restés enterrés? Combien de peurs sous les soutanes? Combien de questions qu’on pouvait pas poser? Crisse, on voulait juste comprendre Pourquoi fallait toujours avoir peur, Pourquoi Dieu demandait tant de silence Pendant que le diable connaissait nos douleurs. Lucifer murmure encore : « Qui marche derrière toi? » Les saints répondent pas, Les anges répondent pas. Y reste juste le vent du Québec Qui frappe dans les vitraux, Pis les vieilles cloches qui répètent Ce qu’on sait depuis le berceau : N’oublie jamais la mort, N’oublie jamais ceux qui sont partis, N’oublie pas qu’un jour, tabarnak, Les cloches vont sonner pour toi aussi. N’oublie jamais la mort, N’oublie jamais ton ami, Ni Lucifer, ni Saint Pierre Peuvent arrêter ce qui s’en vient. N’oublie jamais la mort, Sous les croix du Québec, N’oublie jamais la mort, Même si tu portes ton chapelet. N’oublie jamais la mort, N’oublie jamais ton ami, Quand la dernière cloche va sonner… Y restera pu rien Que le silence Pis la neige Sur nos vies.

