Je ne savais dormir sans toi, je n'osais pas Risquer sans toi les marches descendantes. Plus tard, j'ai découvert que c'est un autre songe. Cette terre aux chemins qui tombent dans la mort Alors je t'ai voulue au chevet de ma fièvre D'inexister, d'être plus noir que tant de nuit. Et quand je parlais haut dans le monde inutile, Je t'avais sur les voies du trop vaste sommeil. Le dieu pressant en moi. c'étaient ces rives Que j'éclairais de l'huile errante, et tu sauvais Nuit après nuit mes pas du gouffre qui m'obsède. Nuit après nuit mon aube, inachevable amour. Je me penchais sur toi, vallée de tant de pierres. J'écoutais les rumeurs de ton grave repos. J'apercevais très bas dans l'ombre qui te couvre Le lieu triste où blanchit l'écume du sommeil. Je t'écoutais rêver. O monotone et sourde. Et par un roc invisible brisée. Comme ta voix s'en va, ouvrant parmi ses ombres Le gave d'une étroite attente murmurée ! Là-haut, dans les jardins de l'émail, il est vrai Qu'un paon impie s'accroît des lumières mortelles. Mais toi il te suffit de ma flamme qui bouge. Tu habites la nuit d'une phrase courbée. Qui es-tu ? Je ne sais de loi que les alarmes. Les haies dans la voix d'un rite inachevé. Tu partages l'obscur au sommet de la table, Et que les mains sont nues, o seules éclairées ! Bouche, tu auras bu A la saveur obscure, A une eau ensablée, A l'Être sans retour. Où vont se réunir L'eau amère, l'eau douce, Tu auras bu où brille L'impartageable amour. Mais ne t'angoisse pas, O bouche qui demandes Plus qu'un reflet troublé, Plus qu'une ombre de jour : L'âme se fait d'aimer L'écume sans réponse. La joie sauve la joie. L'amour le non-amour.


