
J’ai vécu — t’entends ? — vécu ! Pas à moitié, pas en dedans J’ai gueulé sur les avenues Avec des tempêtes dans le sang J’ai bouffé des nuits entières À coups de rires et de colères J’ai dit “toujours !” j’ai dit “encore !” Comme un fou qui n’veux pas avoir tort Et j’allais — j’allais — sans voir Que le temps me faisait les poches Qu’il me volait, sans dire bonsoir, Mes printemps et mes débauches J’étais debout ! grand ! magnifique ! Ou du moins… c’est c’que j’croyais Avec mes airs dramatiques Et mes victoires en papier Nostalgie, De la vie — de la vie ! Nostalgie, De l’envie… Nostalgie, Je te vis — tu m’suis… Nostalgie… … Je m’ennuie ! Et puis un jour — vlan ! — plus rien Plus de vacarme, plus de mains Plus personne pour me dire “viens !” Même mes rêves font les malins Ils se planquent, ils se défilent Ils me regardent en coin — tranquilles Comme pour dire : “T’as bien joué… Maintenant, vieux, faut t’calmer.” Me calmer ?! mais j’ai pas appris ! Moi j’sais courir, moi j’sais brûler ! Pas m’éteindre dès midi Avec des souvenirs rangés ! Alors je parle — oui je parle ! Aux murs, aux ombres, aux fantômes Je fais du bruit, je gueule, je râle, Comme un roi sans son royaume Nostalgie, De la vie — de la vie ! Nostalgie, De l’envie… Nostalgie, Je te vis — tu m’suis… Nostalgie… Je m’ennuie ! Oh rendez-moi — mais rendez-moi ! Un seul vertige, un seul combat ! Un seul regard qui me dévore Que je puisse mourir encore ! Pas comme ça — pas en silence ! Pas en voyant fuir l’existence Pas en voyant tous mes amis Doucement sortir de ma vie Alors je reste… là… planté… Avec mes gestes inachevés Et dans la gorge le goût amer De celui qui a perdu sa guerre Nostalgie… De la vie… Nostalgie… De l’envie… Nostalgie… Je te vis… Nostalgie… … Je m’ennuie.

