
Day 66 — Who I used to be
Didn’t sleep again... I Couldn’t... Every time I close my eyes, I see pieces of things... Faces, hands, smoke. It all mixes together... They told us it’d be loud, but I didn’t think the noise could stay like that.. Even when it stops, it doesn’t.... My ears ring, my head hums.... And the voices... The voices... It’s like the war got stuck inside... I fired my gun yesterday... Again... Didn’t think. Just did it... You get used to it... Everyone yelled, told me “good job.” Felt nothing. Then sick. Then nothing again... Someone said I hit him.... I didn’t look... Couldn’t... But I saw his hand later... Small, clean. Not what I expected... I keep trying to tell myself he was the enemy... That it’s what I’m supposed to do... Sometimes it works. Sometimes it doesn’t... A lot of friends are gone... No warning, no sound, just... gone... You’re lucky if there’s even something left to pick up... So many just disappeared without a trace... Didn’t even have time to say anything... Just kept walking... The ground here stinks wet metal, rot, gunpowder, and blood... It sticks to everything... clothes, skin, teeth... I don’t think I’ll ever wash it off... The others don’t talk much... Some laugh too loud. I think it’s just noise, to cover the rest... I tried to write you last night, but my hands were shaking... Still are... I don’t know what to tell you... I miss you, but the word doesn’t even feel real anymore... Home feels like a dream I woke up from too early... I’m scared, if I’m honest... Not of dying. Just of not feeling anything when it happens. That I’m no longer the man you married... If I make it back, I don’t know who you’ll be waiting for. I’m not sure it’s me anymore... ------------------------------------------------------------------ Pas dormi encore cette nuit...J’ai pas pu... Chaque fois que je ferme les yeux, je vois des morceaux de trucs... des visages, des mains, de la fumée. Tout se mélange... Ils nous avaient dit que ce serait bruyant, mais j’avais pas imaginé que le bruit pouvait rester comme ça... Même quand ça s’arrête, ça s’arrête pas. Mes oreilles sifflent, ma tête bourdonne... Et les voix... Les voix... C’est comme si la guerre s’était coincée à l’intérieur. J’ai tiré hier... encore... J’ai pas réfléchi. Juste fait. On s’y habitue... Tout le monde a crié, “beau travail.” J’ai rien ressenti. Puis la nausée. Puis plus rien... Quelqu’un a dit que je l’avais eu... J’ai pas regardé. J’ai pas pu... Mais j’ai vu sa main plus tard... petite, propre. Pas ce à quoi je m’attendais... J’essaie de me répéter que c’était l’ennemi... Que c’est ce que je suis censé faire... Parfois j’y arrive. Parfois non... Beaucoup de potes sont partis... Sans prévenir, sans bruit, juste... partis... T’as de la chance s’il reste quelque chose à ramasser... Tellement ont disparu sans laisser de trace... Même pas eu le temps de dire un mot... On a juste continué à marcher... Le sol ici pue le métal mouillé, la pourriture, la poudre et le sang... Ça colle à tout... les vêtements, la peau, les dents... Je crois pas que je pourrai jamais m’en débarrasser... Les autres parlent pas beaucoup... Certains rient trop fort. J’crois que c’est juste du bruit, pour couvrir le reste... J’ai essayé de t’écrire hier soir, mais mes mains tremblaient... Elles tremblent encore... Je sais pas quoi te dire... Tu me manques, mais ce mot ne veut plus rien dire maintenant... La maison, c’est comme un rêve dont je me suis réveillé trop tôt... J’ai peur, pour être honnête... Pas de mourir. Juste de rien ressentir quand ça arrivera. De ne plus être l’homme que t’as épousé... Si je rentre, je sais pas qui tu attendras. Je suis pas sûr que ce soit encore moi...

