
[Intro] J’ai vu le temps plier sous mes paupières closes, comme un vieux film brûlé qui tremble et se repose. Une chambre, un peu d’or, de la poussière au soleil, et dans le fond du décor, des silences qui veillent. [Couplet 1] J’ai cru n’être qu’un passage, un souffle mal écrit, une ombre sur le carrelage, un nom que l’on oublie. J’ai cherché dans mes mains des preuves d’existence, des cathédrales, des chemins, des raisons d’importance. Mais les jours étaient petits, pliés dans la lumière, des bols tièdes, des tapis, des fenêtres ouvertes. Et moi je voulais plus grand, plus vaste que ma peau, laisser quelque chose au vent, autre chose que mes mots. [Pré-refrain] Mais dans le bois qui craque, dans le verre qui frémit, dans les murs qui gardent la trace de ce qu’on n’a pas dit, j’entends encore battre un peu de mon passage, comme une braise sous la cendre, comme un reste d’orage. [Refrain] Ne ferme pas les yeux trop vite, il reste un peu de nous dans l’air. Même une lumière minuscule peut traverser l’hiver. J’ai cru partir sans faire de bruit, sans grande œuvre, sans victoire, mais j’ai laissé dans votre nuit des poussières d’or sur les miroirs. Ne ferme pas les yeux trop vite, je suis encore quelque part, dans ce qui tremble et qui résiste, dans le fond noir des regards. [Couplet 2] Il y avait des notes pauvres sur un vieux piano froid, quelques accords qui se sauvent quand personne ne les croit. Il y avait des dessins sur les marges du silence, des soleils presque éteints, des monstres sans violence. J’inventais des palais, des voyages, des visages, des océans complets pour maquiller la cage. Je voulais être immense, plus durable que les pierres, mais la vie, dans sa patience, me parlait à voix claire. [Pré-refrain 2] Elle disait : regarde mieux, ce n’est pas rien d’aimer, d’avoir changé dans quelques yeux la couleur d’une journée. Ce n’est pas rien de vivre même à genoux sous le soir, quand une présence infime devient tout un territoire. [Refrain] Ne ferme pas les yeux trop vite, il reste un peu de nous dans l’air. Même une lumière minuscule peut traverser l’hiver. J’ai cru partir sans faire de bruit, sans grande œuvre, sans victoire, mais j’ai laissé dans votre nuit des poussières d’or sur les miroirs. Ne ferme pas les yeux trop vite, je suis encore quelque part, dans ce qui tremble et qui résiste, dans le fond noir des regards. [Pont] Si je mens, c’est par peur d’avoir été trop peu. J’ai cousu des grandeurs sur le bord de mes yeux. J’ai brodé des années que je n’ai pas tenues, des routes imaginées, des étés inconnus. Mais la vérité revient, douce comme une lame : je n’étais pas moins qu’un destin, j’étais une flamme. Pas celle des grands incendies, pas celle des phares en mer, mais celle qu’on garde la nuit quand tout devient désert. [Dernier refrain] Ne ferme pas les yeux trop vite, il reste un peu de nous dans l’air. Même une lumière minuscule peut traverser l’hiver. J’ai cru partir sans faire de bruit, sans grande œuvre, sans victoire, mais j’ai laissé dans votre nuit des poussières d’or sur les miroirs. Ne ferme pas les yeux trop vite, je suis encore quelque part, dans la chaleur d’une pièce vide, dans le frisson d’un vieux regard. [Final] Et si le monde m’efface, s’il ne retient rien de moi, je resterai dans les traces que l’amour ne voit pas. Entre deux cils, je respire, entre deux ombres, je dors. Je n’ai pas eu le temps de tout vivre… mais j’ai laissé de l’or.

