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Au cœur de la bouche 1.

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V5.5

Ce texte est né d’une collaboration entre Khurdak et florgonne6666 Khurdak, a rajouté des paroles et ses écrits qui ont donné cette couleur dont lui seul à le secret, qu'on a amalgamé avec le style tout aussi spécial mais bien plus noir de Florgonne6666 autour de l’univers des ZIIIG. L’univers, son lore principal, ses secrets et sa continuité centrale appartiennent à Florgonne6666. La version de référence, ou version « lore », sera celle publiée sur le compte de Florgonne6666 La version présentée sur le compte de Khurdak est une variation multivers : une autre face du même lieu, un écho parallèle, une manière de faire parler autrement la poussière, les Nihilés et le trou sous Méga Tump3. [intro musicale façon annonce publicitaire] (Aujourd'hui c'est le jour de Nune, vite vite il faut en profiter, un haut parleur grésille cette phrase depuis le matin) [icouplet : parlée, voix de basse masculine] Sous Méga Tump3, bien plus bas que les hangars à prières, plus bas que les silos à larves annelées, là où même le noir hésite à s'approcher, plus bas même que les dortoirs où l’on range les ouvriers encore tièdes après usage, il y a le trou. [pont  : bruits de succions et vrombissements sourds] Pas une mine. Une bouche. [couplet] Une vieille gueule ouverte dans la croûte de la planète, avec des dents de titanium, des gencives de boue noire et des tuyaux qui pendent comme des boyaux mal recousus. Le sol est mou sur presque quinze centimètres. Quinze centimètres de déchets industriels, d’ordures de clonage séquentiel, de copeaux d’usinage des axes cérébro-spinaux, de rebuts de machines, de graisses sédimentées et de peaux de tout ce qui a essayé de ramper jusqu’ici sans l’autorisation de l’empereur des ZIIIG. [pause fx  avec bruits de respirateurs et de ventilos chargés façon steampunk] L’odeur, ici, personne ne sait vraiment ce que c’est. L’odeur, on ne peut que l’imaginer. Personne ne descend dans le trou sans masque, sans combinaison bio-vitae complète, sans filtre vissé jusqu’à l’os, parce qu’ici tout ce qui touche la peau finit par demander une place dans le corps. On l’appelle le trou parce que personne n’a envie de lui donner un vrai nom. Un nom, ça donne une forme. Une forme, ça donne une histoire. Et ici, les histoires finissent toujours coincées quelque part entre un filtre respiratoire, une plaie amputée et un crachat de sang dans un lavabo collectif. [pont musical composé de jets de vapeurs et de bruits de moteur, quelques percussions chaotiques et comme le vol d'un moustique] Le ciel, si tant est qu’il en fût un, n’est plus qu’un plafond de fentes lamellées espacées de quinze centimètres. Oui. Quinze centimètres. C’est une norme ici. (PSSSSSSHHHHH) Quinze centimètres pour respirer. Quinze centimètres pour voir. Quinze centimètres pour passer une main. Quinze centimètres pour croire qu’on a encore une issue, quinze centimètres d'une vue que personne ne regarde, parce qu'elle ne signifie pas un dehors, mais plutôt une limite à laquelle on ne crois plus. C’est comme ça qu’on réduit la liberté et la vie. On calibre. On calcule. On espace. On régule. Quinze centimètres, ça suffit. Les fentes s’ouvrent et se ferment à intervalles décidés par le Commandeur Central. Aucun être ne sait où se trouve ce qui commande vraiment le système. Certains disent que ce n’est plus seulement une machine. D’autres qu'il n'y a même plus besoin d'ordre. On murmure que, selon ce que font les Nihilés, le système mute seul ses procédures, adapte ses verrouillages, corrige ses angles morts et referme les problèmes avant même qu’ils n'aient appris à parler. [pause silencieuse de quelques secondes, la voix du narrateur change] Les Nihilés...... Mais qu’est-ce que c’est, au juste ? Officiellement, c’est une caste. Celle des esclaves, des prisonniers, des erreurs de casting, des cadeaux qu’on a trouvés inutiles, des tordus de l’existence, des êtres trop violents pour être montrés, trop silencieux pour être crus vivants, trop abîmés pour être recyclés proprement. C'est une cours des miracles sans cesse renouvelée, venus de tous les univers que les ZIIIG ont colonisés. Il y a là des bannis, des mutants, des insensibles à la froide intelligence qu’on utilise parfois en échange d’une récompense, des anciens proches du pouvoir qu’on ne veut plus voir, des serviteurs qui ont approché de trop près le lit ou les largesses des hiérarches, des résidus qui résistent à l’outrage du temps. « silence !!!! silence dans les rangs !!!» Et quelquefois, pas souvent, des enfants. [la narration prend une tournure plus douce, la voix se fait informelle, presque banale, comme pour un documentaire] Pour les ZIIIG, un Nihilé, c’est ce qu’on met sous le mot quand on ne veut plus regarder la chose. Mais les mots, dans le trou, se mettent aussi à muter et parfois à pourrir par l’intérieur. Nihil. Le rien. les Niés. Ceux qu’on a refusé de voir. [voix de réflexion ] Alors, peut-être que les Nihilés ne sont pas seulement une caste. Peut-être qu’ils sont les êtres que l’univers n’a pas réussi à raconter. Des trous dans la carte. Des silhouettes dans la marge du carnet. Des présences laissées en suspens entre deux versions du monde....