
[Couplet 1] C’est décidé, ce soir, je rehisse le noir Sur la poupe du Bouclier du Roy, dans le vent du soir Trois mâts, vieille carcasse, mais toujours debout dans le grain Le Redoutable a vu pire que moi et repartira demain 86 gueules de feu, du 32 livres en batterie 212 matelots sous mes ordres dans la nuit Un vrai navire de ligne, pas une coquille en dérive Et pourtant c’est mon cœur, pas la coque qui prend l’eau quand j’arrive [Pré-refrain] Parce que j’le sens, ma belle, si j’reste encor’ dans cette rade C’est pas le vent ni la houle qui m’feront finir malade [Refrain] Alors je rehisse le noir Sur le Bouclier du Roy Puisque ton regard n’vient plus autant qu’la mer me reprenne une bonne fois Je retourne à ma vie d’pirate au canon, au sel, au froid Parce qu’à tourner autour du port c’est moi qu’je détruis, pas toi Alors je rehisse le noir Et qu’le large juge ma mémoire J’préfère l’orage franc du large au silence qui m’dévore chaque soir Le Bouclier du Roy reprendra l’eau et moi mon vieux rôle de corsaire Puisqu’ici, à force d’attendre un signe, j’finis par m’crever sur terre [Couplet 2] J’te jette pas la faute, non, j’vais pas salir ton nom T’as rien cassé, rien volé, rien promis de plus profond Le fautif, c’est l’capitaine, l’idiot qui a cru tenir Avec un peu d’clarté dans tes yeux et l’envie d’y revenir Moi j’ai cru qu’un navire comme l’mien pouvait mouiller sans douleur Qu’un vieux trois-mâts d’guerre usé pouvait apprendre des heures meilleures Mais l’Bouclier du Roy est fait pour la ligne, la fumée, le large Pas pour mourir à p’tit feu dans une rade où plus rien n’le regarde [Pré-refrain] Et mes gars l’savent déjà rien qu’au bruit des drisses qui tirent Quand j’remets le noir au mât c’est qu’y a plus rien à retenir [Refrain] Alors je rehisse le noir Sur le Bouclier du Roy Puisque ton regard n’vient plus autant qu’la mer me reprenne une bonne fois Je retourne à ma vie d’pirate au canon, au sel, au froid Parce qu’à tourner autour du port c’est moi qu’je détruis, pas toi Alors je rehisse le noir Et qu’le large juge ma mémoire J’préfère l’orage franc du large au silence qui m’dévore chaque soir Le Bouclier du Roy reprendra l’eau et moi mon vieux rôle de corsaire Puisqu’ici, à force d’attendre un signe, j’finis par m’crever sur terre [Couplet 3] Les 86 bouches de bronze dorment encore sous les ponts Mais j’connais leur langage, et lui connaît mon nom Les sabords reverront l’aube, les vergues reprendront le vent Et mes 212 frères suivront sans poser d’questions, comme avant Le grand mât prendra la charge, la misaine boira l’hiver L’artimon grincera bas comme un vieux prêtre de mer Et moi j’serai là, debout, plus droit qu’mon âme le voudrait À faire croire que tout tient encore pendant qu’dedans j’suis ravagé [Pont] Je vais cesser de rôder dans cette rade comme un bâtiment sans ordre. Cesser d’espérer un geste qui n’vient plus. Le Bouclier du Roy n’est pas fait pour l’attente honteuse, les demi-tours muets, les veilles sans réponse. C’est un vaisseau de ligne. Et moi, son capitaine. Alors j’prends le vent avant d’me saborder moi-même contre les quais. [Refrain final] Alors je rehisse le noir Sur le Bouclier du Roy Trois mâts, 86 gueules de feu, et tout le large devant moi Je retourne à ma vie d’pirate avec le manque au fond de la voix Mais mieux vaut l’acier du large qu’un port qui n’me répond plus, ma foi Alors je rehisse le noir Et que le vent lave mon histoire Le Redoutable sait encore vivre là où les cœurs trop pleins s’égarent Le Bouclier du Roy quitte la rade et moi j’reprends la mer, sans joie Parce qu’à force d’aimer sans retour j’allais finir par perdre le roi en moi [Outro] Alors qu’on largue. Qu’on borde. Qu’on laisse le quai aux vivants de la terre. Le Bouclier du Roy repart. Trois mâts dans le soir. 86 gueules de feu. 212 matelots. Et un capitaine qui préfère l’honnêteté du large au silence d’un port où il n’est plus attendu.

