
[Couplet 1] Le soleil tombait rouge au bord du vieux port L’eau gardait la lumière un peu comme un remords Tu cherchas mon grand mât dans l’ombre du soir Mais ma place au quai sonnait vide, avalée par le noir Plus de coque contre pierre, plus de haubans dans le vent Plus de noir sur ma poupe au bout du couchant Juste une lettre posée là, battue par l’air salé Sur la bite d’amarrage où j’avais cessé d’exister [Pré-refrain] Pas un cri, pas de colère Pas de bruit pour dire adieu Juste l’absence entière et mon cœur laissé dedans un peu [Refrain] Ma fée, j’ai pris la mer avant la nuit Pas pour t’aimer moins, mais pour te laisser vivre ici J’ai le cœur trop vaste, trop noir, trop entier Et j’préfère souffrir seul au large que t’voir te plier Ma fée, j’ai pris la mer au coucher du jour Parce que j’t’aime trop fort pour t’aimer comme il faut toujours Toi t’as ton marin d’eau douce, ses rivages, ses matins clairs Et moi j’ai choisi la douleur plutôt qu’te faire la guerre [Couplet 2] J’vais pas mentir, ma belle, j’m’y attendais un peu J’avais déjà l’vent dans les mains, le départ caché dans les yeux Le bâtiment était prêt bien avant que tombe le soir Comme si mon cœur savait d’avance qu’il finirait encore trop noir Parce qu’en des années de marées, j’ai appris ma sale place Être celui qu’on garde près sans jamais qu’on l’embrasse Le frère sûr, le grand ami, le cœur qu’on aime sans choisir Celui qui tient la lampe haute pendant qu’un autre apprend à sourire [Pré-refrain] J’ai l’habitude, ma belle d’être l’abri, pas le rivage Le nom qu’on serre quand ça tremble pas celui qu’on prend pour voyage [Refrain] Ma fée, j’ai pris la mer avant la nuit Pas pour t’aimer moins, mais pour te laisser vivre ici J’ai le cœur trop vaste, trop noir, trop entier Et j’préfère souffrir seul au large que t’voir te plier Ma fée, j’ai pris la mer au coucher du jour Parce que j’t’aime trop fort pour t’aimer comme il faut toujours Toi t’as ton marin d’eau douce, ses rivages, ses matins clairs Et moi j’ai choisi la douleur plutôt qu’te faire la guerre [Couplet 3] J’ai essayé pourtant d’rester sage au quai De croire qu’un vieux pirate pouvait tenir en paix De vivre d’un peu de toi, d’un peu d’espoir discret Mais la mer m’a vite appris qu’je mentais à c’que j’aimais Parce que moi j’ne sais pas aimer à moitié J’ne sais pas faire semblant, ni me désarmer Et plus je restais là, plus j’sentais dans ton cœur Que mon amour deviendrait lentement un poids, une peur [Pré-refrain] Toi t’as besoin d’air de jours simples, de douceur Pas d’un homme qui porte l’orage au fond du cœur [Pont] Lui saura tenir la terre, les heures calmes, les maisons Moi j’suis fait de vent mauvais, de silence et d’horizon Lui t’offrira peut-être ce que j’aurais voulu donner Des matins qui n’cognent pas, des bras où ne pas chavirer Et moi, j’aurais pu rester… oui comme je l’ai toujours fait Être le cœur solide au bord celui qu’on aime bien, jamais tout à fait Mais je n’avais plus la force de te regarder sans me trahir Alors j’ai fait ce que font les vieux corsaires : j’ai choisi la mer pour pas te salir [Refrain final] Ma fée, j’ai pris la mer avant la nuit Pas pour t’aimer moins, mais pour te laisser vivre ici J’ai le cœur trop vaste, trop noir, trop entier Et j’préfère souffrir seul au large que t’voir te plier Ma fée, j’ai pris la mer au coucher du jour Parce que j’t’aime trop fort pour t’aimer comme il faut toujours Toi t’as ton marin d’eau douce, ses rivages, ses matins clairs Et moi j’emporte ton nom comme une blessure et comme une prière [Outro] Alors ne hais pas mon départ. Au fond… j’étais déjà prêt. Le bâtiment, les voiles, le noir au mât, tout attendait juste que mon cœur admette ce qu’il savait depuis longtemps. Que je suis souvent celui qu’on garde. Rarement celui qu’on choisit. Alors j’ai repris la mer, ma fée. Avec ton nom dans la poitrine et cette vieille habitude au fond des mains : tenir bon, sourire un peu, et disparaître proprement quand c’est un autre qu’on veut au quai.

