
C'est pas du cinéma
Y a des chansons d’amour qui vendent du rêve, Des vies lisses, des promesses pleines de trêves. Des refrains qui brillent plus que le quotidien, Mais parlent jamais d’nous, d’nos galères, d’nos destins. Nous, c’est pas les violons, c’est l’réveil qui sonne, Ces matins trop courts, avec moi qui ronchonne. C’est se stresser, et râler, s’aimer en travers, Aussi s’dire "je t’aime" dans nos guerres. On s’connaît trop, on s’parle pas assez, On s’aime comme on peut, maladroits et paumés. Mais on tient, incapables d'penser à d'autres choix. Toi et moi, c’est bancal, et c’est droit à la fois. C’est pas du cinéma, Pas d’effets spéciaux dans nos draps. C’est des cris, des silences, des bras, Mais c’est nous, et ça tient comme ça. On n’a pas d’scènes en travelling, ni de fondu enchaîné, Juste deux peluches usées sur un meuble ébréché. Elles ont vu nos clashs, nos pauses, nos retours, Nos délires trashs autant qu'nos regards de velours. On sait pas toujours s’dire les choses, Mais nos regards traduisent ce qu’on n’ose. Et quand on doute, on s’rapproche, on se rallume, Même nos silences crament dans la brume. C’est pas du cinéma, C’est brut, c’est vrai, parfois sans éclat. Mais quand le monde pète, toi t’es là, Et rien qu’ça, c’est plus grand qu’leurs dramas. Nos conneries, nos fuites, nos têtes dures, nos rites, Nos nuits sans lumière, nos mots qui s’évitent, Nos silences qui pèsent, nos pactes en vrac, Nos remises à zéro, nos tempêtes, nos cracks… Nos routines chiantes, Nos élans, nos pertes de sens, Tout ce qui fait qu’on est bancal — L'un pour l'autre, vital, intégral, viscéral. Toi et moi, c’est pas la vie des films. C’est la vraie. La longue. La moche. La belle. Et on sait pas s’quitter, On sait plus qu’s’aimer. C’est pas du cinéma, Pas d’effets spéciaux dans nos draps. C’est des cris, des silences, des bras, Mais c’est nous, et ça tient comme ça.

