
[Verse 1] Je n’ai jamais appris à tendre l’autre joue, Quand un cuistre me cherche, il me trouve debout. Qu’un censeur de passage ou qu’un chef de bureau Tente, pour sa stature, de me prendre de haut, Surtout devant public, alors là, je m'enflamme, Je dégaine le verbe et j'allume le lance-flammes. Point de pitié chrétienne, aucun pardon subtil : Je massacre le fat d’un alexandrin vil. [Refrain] C'est mon grand point faible, mon péché mignon, Dès qu'on me provoque, je perds la raison. Au lieu de me taire et de faire le dos rond, Je sors la sulfateuse et je flingue le patron ! Avoir le dernier mot, c'est ma pauvre manie, Ça soulage sur le coup... mais ça gâche une vie. [Verse 2] Je me souviens encore de cette pauvre fille, Une instit imbue de sa sainte famille, Qui pour me rabaisser devant les chérubins, M'avait dit : « Moi, monsieur, j’ai fait des études, hein ! » L’affront était public, la sentence est tombée, Quelques jours plus tard, l’heure avait sonné. Entrant dans sa classe pour chercher mes gamins, Mon regard a croisé le tableau de destin. [Bridge] (La guitare s'arrête, ambiance de duel au soleil. Juste la contrebasse qui fait monter la tension, pas à pas) Il y avait sur l'estrade, posée là, négligente, Une craie rouge sang, une arme terrifiante. Sans proférer un mot, au milieu du silence, Devant les yeux ronds de toute l'assistance, J'ai pris la craie fatale et d'un geste vainqueur, J'ai souligné les fautes de Madame le Professeur. Puis, reposant l'outil, j'ai dit d'un ton badin : « Et moi, voyez-vous, je n'ai pas fait d'études, hein ! » [Verse 3] (La pompe manouche repart de plus belle, ultra joyeuse et triomphante) Je suis parti fier, escorté de mes gosses, Laissant la pauvre dame avec sa grosse bosse. C'était un coup de maître, un massacre parfait, Mais l'école publique ne l'a jamais digéré ! Car pour un rond-de-cuir, y'a pas pire sacrilège, Que d'abattre son roi sur son propre privilège. [Verse 4] (Le rythme de la pompe se fait plus solennel, plus pesant, comme les pas menant au tribunal) Ils m'ont traîné enfin devant leur tribunal, Pour juger mon destin et mon profil moral. Un grand inquisiteur, du haut de sa superbe, Croyant me faire plier, a mesuré son verbe : « Allez-vous faire amende, allez-vous vous ranger ? Et cesser les câlins pour ne plus nous gêner ? » Ils voulaient une courbette, un mensonge en jactance, Pour m’accorder l'absolution de leur sainte indulgence. [Bridge 2] (Silence des guitares. Seule la basse résonne. Voix parlée, droite, sans trembler) Je l'ai regardé droit dans le blanc de ses billes : « J'ignore quel est le but de votre sainte famille, Mais mon job, messieurs-dames, ma mission absolue, C'est de veiller sur l'âme de ces petits loupiots. Physique, morale et puis... affective ! C'est ma sainte trinité, ma seule perspective. Si un môme en sanglots vient chercher mes grands bras, Je ne le repousserai pas, je ne fléchirai pas. Je ne vais pas mentir pour adoucir la sentence : Entre vos protocoles et l'amour, j'ai fait mon choix d'avance. » [Verse 5] (Reprise explosive de la pompe manouche, jubilatoire, tempo rapide, la clarinette exulte) Le silence est tombé sur les jurés blémis, Par ma désobéissance et mon refus soumis. Mais l’unanimité a balayé leurs doutes, Ils m'ont donné raison au milieu de la route ! Comme quoi, même chez les juges et les grands directeurs, Il arrive qu'on s'incline... devant la voix du cœur. [Refrain / Outro] C'est mon grand point faible, mon péché mignon, Dès qu'on me provoque, je perds la raison. Mais quand le tribunal veut broyer mes gamins, Je préfère la potence au refus d'un câlin ! (Ralentissement final) Et c'est ainsi, messieurs, que le petit animateur... A mouché les censeurs. (Un dernier accord majeur, grandiloquent et fier)

