
Ohhhhh… ohhhhh… J’t’ai entendue dans le noir, Chaque porte qui claquait chez toi, Je l’sentais vibrer dans mes côtes, Comme un écho que j’avais fui trop loin. Je t’ai vue te freiner jusqu’au vertige, Tenir les murs pendant que moi, Je faisais semblant d’être déjà parti. Au mauvais moment, au mauvais endroit, Ton nom tournait encore dans ma gorge, Et j’ai serré les dents si fort Que le silence en a saigné. **J’savais.** J’savais que tu parlais toute seule aux naufragés, Que tu te disais « tiens encore un peu », Pendant que moi je restais muet, Comme un lâche qui a peur de noyer l’autre En lui avouant qu’il coule aussi. Ohhh… ça passait pas non plus. Ça passait pas. Le manque avait tes yeux, ta voix, Il rentrait sous ma peau, Grugeait jusqu’à l’os, Et j’ai fait comme toi : J’ai plongé la main dans ma propre poitrine Pour essayer de remplir le vide Que ton absence avait creusé en moi. On s’est manqués comme deux incendies Qui ont peur de se toucher de trop près, De peur de tout brûler. Toi tu tenais les portes, Moi je faisais semblant de plus voir la lumière Derrière. On a inventé les mêmes films sans générique, Les mêmes questions sans réponse, Les mêmes images folles Où le corps cherche à nourrir l’absence À mains nues. Et pourtant… Pourtant t’as tenu. T’as marché dans tes tempêtes, T’as gardé la flamme réfrénée Sans la laisser te consumer tout entière. T’es restée humaine, tellement humaine, Avec tes chaînes et tes trop-pleins, Et cette force brute qui refuse de mentir. **Moi je suis là.** Pas pour effacer les cicatrices, Elles sont à nous maintenant. Pas pour dire que c’est fini, Parce que la peur reste, La peur de retomber, La peur que l’autre abîme nous avale Pour de bon cette fois. Mais je suis là, Debout dans la même pièce que toi, Même si la pièce tremble encore. J’ai plus envie de claquer les portes. J’veux les laisser ouvertes, Même si le vent s’engouffre, Même si ça brûle, Même si ça fait peur. T’as pas été folle. T’as été vivante. D’une vie trop grande pour un cœur tout seul. Et moi j’ai été absent, D’une absence qui pesait plus lourd Que tous les mots que j’ai pas dits. Aujourd’hui la flamme revient doucement, Chez toi comme chez moi. On s’approche pas comme avant, On s’approche comme deux animaux blessés Qui ont appris la valeur du pas. Ni trop vite, ni trop fort. Juste assez pour sentir la chaleur Sans se consumer. Ohhhhh… ohhhhh… J’te reconnais. Même dans tes ombres, Même dans tes silences qui faisaient la fête. J’te reconnais, Et je reste. Pas pour réparer le temps, Mais pour vivre dedans avec toi, Cicatrices contre cicatrices, Flamme contre flamme, Jusqu’à ce qu’on apprenne enfin Comment rester vivants Sans avoir à s’éteindre. On s’en est sortis. Pas indemnes. Mais ensemble, Peut-être, On peut apprendre à porter le bagage Sans plier les genoux. Ohhhhh… J’suis là. Et cette fois, Je réponds.

