
[Couplet 1] C’est décidé, ce soir, je rehisse le noir Le vieux drap de sel, d’orgueil, de nuit et d’histoire J’l’avais roulé deux mois au fond d’un coffre étroit Comme on cache une vieille guerre quand on croit encore en quelque chose, une fois J’ai trop longtemps laissé mon bâtiment dans la rade À tourner autour du port comme un chien sans escale À guetter un fanal, un signe, un peu de toi Pendant que le silence au quai m’apprenait qu’je n’existais plus là [Pré-refrain] Et j’le sens bien maintenant si j’reste encore à portée du bord C’est pas la mer qui va me tuer c’est l’attente… plus fort [Refrain] Alors je rehisse le noir Je retourne à ma vie de pirate Puisque ton regard ne vient plus autant qu’la mer me reprenne et m’emporte avec ça Je rehisse le noir Pas pour te punir, pas par gloire Mais parce qu’à tourner autour du port c’est moi que j’suis en train de détruire, chaque soir [Couplet 2] J’te jette pas la faute, ma belle, j’vais pas salir ton nom T’as rien promis d’autre au fond qu’ce qu’ton cœur savait donner bon Le fautif, c’est l’vieux corsaire qui a cru tenir debout Avec trois miettes de lumière et l’espoir bête d’un miracle au bout J’ai réparé en silence tout c’que j’avais pas cassé Serré les boulons du monde sans jamais rien réclamer Mais là c’est mon propre cœur qui prend l’eau sous le pont Et y a pas d’clé, pas d’joint, pas d’outil pour refaire ça quand ça rompt [Pré-refrain] Alors j’prends le vent d’travers avant d’finir contre les quais Y a des hommes qu’la terre garde et d’autres qu’elle laisse passer [Refrain] Alors je rehisse le noir Je retourne à ma vie de pirate Puisque ton regard ne vient plus autant qu’la mer me reprenne et m’emporte avec ça Je rehisse le noir Pas pour te punir, pas par gloire Mais parce qu’à tourner autour du port c’est moi que j’suis en train de détruire, chaque soir [Couplet 3] Le pavillon claque au mât comme un vieux nom qu’on réveille Les hommes ont rien dit, ils ont juste regardé le ciel Ils savent c’que ça veut dire quand un capitaine remet Le tissu noir d’avant la grâce sur la vergue où l’espoir tenait J’aurais voulu rester calme, apprendre les jours sans canon Être un homme de terre ferme, de lumière et de maison Mais j’suis fait d’écume et d’absence, de quarts de nuit, de mauvais vent Et quand le port ne répond plus un pirate repart, tout simplement [Pont] Je vais cesser de hanter la rade. Cesser de compter les heures. Cesser d’espérer un geste qui n’vient plus. Parce qu’il y a des souffrances qu’on entretient soi-même à force de rester trop près de ce qui ne nous choisit plus. Et moi, j’me connais : si j’continue à tourner au large du quai, j’vais finir par me saborder rien qu’pour entendre enfin autre chose que ton silence. [Refrain final] Alors je rehisse le noir Je retourne à ma vie de pirate Le large me fera moins mal que de mourir à petit feu sous les murs de la rade Je rehisse le noir Et que le vent m’arrache au rivage J’préfère la morsure du large à l’humiliation lente d’un cœur sans abordage Je rehisse le noir Pas par haine, pas par victoire Juste pour sauver c’qu’il reste encore de moi, de mon navire, de ma mémoire Parce qu’à tourner autour du port sans plus aucune attention de ta part C’est pas toi que j’vais perdre d’abord… c’est moi, dans le noir [Outro] Alors c’est fini. Je coupe la rade. Je laisse le quai à ceux qu’il garde. Et moi, je reprends le large avec mon vieux pavillon noir, ma coque cabossée, et ce qu’il me reste de fierté. Parce qu’un pirate peut survivre à la tempête. Mais pas longtemps à tourner autour d’un port où plus personne ne l’attend.

