
On dit de moi que je suis sage, Une enfant calme, un peu rêveuse Presque trop mûre pour mon âge, Trop appliquée et trop sérieuse… C’est vrai que je ne pleure jamais, Que je n’fais jamais de caprice C’est vrai que je ne ries jamais, Et n’ai jamais un air complice… Mais c’est pas vrai, je n’suis pas sage, Vous fiez pas à mon air rêveur Non ! c’est pas vrai, je n’suis pas sage ! Je suis juste morte à l’intérieur… On m’a présenté un Monsieur On m’a dit « c’est ton beau-père » Mais « beau », il ne l’était pas Et encore moins… mon père ! Je suis morte ! Quand il m’approche, quand il me touche Et qu’il m’oblige à me taire Quand maman dort comme une souche Terrassée par ses somnifères Je suis morte ! Quand près de moi il se couche Et qu’il me dit « laisse toi faire » « Fais pas ta Sainte Nitouche » « Sois pas si prude, sois pas si fière » Je suis morte ! Quand il me rejoint sous la douche Qu’il me bâillonne de sa bouche Et qu’il me dit « sois pas farouche » Pourquoi maman trouve pas ça louche ? On dit de moi que je suis sage, Une enfant calme, un peu rêveuse Presque trop mûre pour mon âge, Trop appliquée et trop sérieuse… C’est vrai que je ne pleure jamais, Que je n’fais jamais de caprice C’est vrai que je ne ries jamais, Et n’ai jamais un air complice… Mais c’est pas vrai, je ne suis pas sage ! Je voudrais juste être morte ! Pour que s’arrête enfin l’outrage, Oui, je voudrais… être morte ! Mangée de mouches et de cloportes Pour qu’il retrouve mon corps pourri Et qu’il n’en ai plus jamais… jamais envie ! Non ! Plus jamais ! Plus jamais !!!! Jamais !!!!

