
[Intro – piano grave, notes sèches, percussion comme une horloge] [Couplet 1 – voix grave, débit régulier, presque détaché] J'ai appris à rentrer avec le bon visage, à poser mon manteau comme on pose un décor. J'ai appris les horaires, les détours, les péages, à dire « rien de spécial » d'une voix sans effort. J'ai deux façons de rire, deux façons d'être en retard, un prénom que j'avale chaque fois qu'il veut sortir. Je range mes journées comme on range un placard : devant, ce qui se montre — derrière, ce qu'il faut couvrir. [Refrain – chanté bas, presque murmuré] Double fond, double vie, double tour à chaque mot. Ce que je cache me rétrécit, ce que je tais me pèse au dos. Double fond, double jeu — je croyais ne tromper que toi : c'est moi qui deviens peu à peu quelqu'un que je ne connais pas. [Couplet 2 – voix grave] Je croyais te protéger en te laissant dormir, je disais « c'est pour elle » — c'était pour mon confort. Le silence est un luxe qu'on s'offre pour ne pas dire qu'on veut tout à la fois : le large et puis le port. Et toi tu me demandes si la journée fut bonne, tu me gardes une assiette, tu laisses la lumière. Tu tends les bras vers moi et n'embrasses personne : celui que tu attends s'est arrêté hier. [Refrain] [Pont – parlé, piano seul, percussions suspendues] Le pire, ce n'est pas la peur d'être pris. Le pire, c'est le miroir du couloir, celui devant lequel je passe vite, parce qu'il sait, lui, et qu'il ne dit rien. [Break instrumental – piano grave, la percussion revient, plus sèche] [Couplet 3 – voix grave, plus ferme] Il n'y a pas de mensonge qui ne coûte qu'à l'autre. Chaque porte que je ferme se referme sur moi. J'ai sali quelque chose qui n'était pas que nôtre : l'idée que je me faisais d'un homme qui se tient droit. Alors ce soir je vide le placard, je retourne les poches, j'ouvre le double fond. Qu'importe ce qui tombe, qu'importe s'il est tard — je préfère tout perdre que me perdre pour de bon. [Refrain final – voix pleine] Double fond, double vie, double tour à chaque mot. Ce que je cache me rétrécit, ce que je tais me pèse au dos. Plus de fond, plus de jeu — je pose tout, là, devant toi. Fais-en ce que tu veux, ce que tu peux : au moins tu sauras qui est là. [Outro – une note grave au piano, la percussion s'arrête net] Un seul fond. Une seule voix.

