[Intro — souffle voilé, très proche] Un fil de vent très fin lui racle l’oreille, et la forêt s’éveille en regards qui surveillent. Couplet 1 Elle avance en retrait sous les branches serrées, la mousse boit ses pas, la nuit les fait taire. Les troncs levés dessinent un couloir de secret, chaque nœud semble attendre un faux geste à refaire. Ici, les yeux ne sont ni bêtes ni lumière, ce sont des jugements posés dans la clairière. Le froid monte à ses épaules, s’y suspend, s’y accroche, et sa peur fait plus de bruit que les feuilles et la roche. Pré-refrain [haleine retenue] Des cercles se referment entre les fougères, les voix sans bouche lui rendent l’air plus amer. Sous la ramure, le monde devient étroit, elle se perd en elle-même à mesure qu’on la voit. Refrain [vocalise lointaine] Forêt des yeux — les regards des autres, ils cousent sa cage, ils serrent ses côtes. Ouvre un chemin, défais les mots trop durs, laisse-la respirer au-delà de vos murs. Couplet 2 Les ronces font la loi dans leur langue de sel, chaque souffle est compté, chaque silence est réel. Un pas soulève à peine un nuage de soupçons, elle baisse encor la tête pour épargner son nom. Ces yeux sont des passants, des postures, des sentences, des visages polis qui déguisent la violence. La clairière recule au moindre mouvement, comme si le bois gardait sa honte en châtiment. Pré-refrain [plainte douce, presque soufflée] Les fougères murmurent : “Reste plus bas, plus loin.” Mais son cœur bat encore sous la cendre et le foin. Qu’on la perde un instant entre l’ombre et le liseré, qu’un souffle nu lui rende un peu d’intégrité. Refrain [vocalise tremblée] Forêt des yeux — les regards des autres, ils cousent sa cage, ils serrent ses côtes. Ouvre un chemin, défais les mots trop durs, laisse-la respirer au-delà de vos murs. Pont [souffle plus libre] Si ses paupières tombent, l’essaim vacille et cesse. Le silence a parfois la douceur d’une messe. Elle compte jusqu’à rien — et ce rien devient seuil, un sentier pâle s’ouvre entre la peur et le deuil. L’air revient doucement dans sa poitrine close, comme une eau retrouvée sous l’écorce morose. [Solo violon — vocalise aérienne en arrière-plan] Refrain final [ouverture de voix, plus ample] Forêt des yeux — les regards des autres, lâchez l’ouvrage, desserrez ses côtes. Ouvrez la lisière, retirez vos morsures, laissez-la respirer hors de vos mesures. Plus vos balances, plus vos poussières, son nom traverse enfin la noire clairière. Qu’elle avance au vent, sans plier, sans courber, un pas simple et vivant que nul ne peut voler. Outro [souffle apaisé] Le sous-bois rend son cœur, plus lent, plus tendre. La nuit la laisse passer. Et le vent peut la reprendre.