
Le daron à roulettes
[Intro] (La guitare lance une pompe manouche rapide, guillerette. La contrebasse s'installe, ronde et complice. Une clarinette vient broder quelques notes goguenardes.) [Verse 1] Pour adoucir mon existence, Au milieu de la basse-cour, Où la dirlo et sa coterie, Me cherchaient des poux chaque jour, J'avais un ami, un athlète, Un daron au cœur de poète, Qui pour braver le sort cruel, Roulait sur deux paires de roulettes. [Refrain] (Le swing s'accentue, très marqué) Alors Richard, dis-moi, ça roule ? On s'en balance de la meute en furie ! Quand le système nous rend maboule, Il nous reste l'humour et l'effronterie. Garde ta casquette et tes baskets, On va s'en jeter un derrière la cravate, Loin des profs et de leurs claquettes, Même si le destin nous pirate. [Verse 2] Il était le papa modèle, D'une gamine, une vraie merveille, Et pendant que les ronds de cuir, Voulaient me condamner à perpète, Nous, on s'esquivait sans mot dire, Pour une pause-café proprette. Il n'avait pas toutes ses béquilles, Mais il remettait les miennes d'aplomb, En se moquant des pimbêches filles Qui nous prenaient pour des jetons. [Bridge] (La guitare s'arrête net. Seule la contrebasse marque le pas, lourde et théâtrale. Le ton devient solennel, presque liturgique, mais avec un sourire dans la voix). J'attendais qu'un badaud s'approche, Un bourgeois la montre dans la poche, Et je lançais à mon compère, D'une voix forte de grand vicaire : « En vérité, je te le dis, Lève-toi et marche, mon ami ! » [Verse 3] (Reprise de la pompe manouche, plus vive, jubilatoire) Alors, devant le passant blême, Qui croyait voir un grand mystère, Richard quittait son anathème, Et se levait de sa barquette ! Il faisait trois pas de compas, Quittant son trône de skateur, Pour aller boire le kawa, En riant du bon Dieu sauveur. [Chorus] Alors Richard, dis-moi, ça roule ? On s'en balance de la meute en furie ! Quand le système nous rend maboule, Il nous reste l'humour et l'effronterie. Garde ta casquette et tes baskets, On va s'en jeter un derrière la cravate, Loin des profs et de leurs claquettes, Même si le destin nous pirate. [Outro] (Ralentissement du tempo, ritardando affectueux. La clarinette se fait douce) Elle est pour toi cette chansonnette, Toi qui m'as évité la défaite. Quand ta fille aura sa barrette, Et qu'elle courra les guinguettes, Tu lui diras que son daron, Bien calé sur ses deux roulettes, Avait plus de jambes et de front, Que tous ces profs à la jactance obsolète... (Spoken) Allez, viens Richard... C'est ma tournée. Ça roule ? [End] (Un accord de guitare gratté sec, secoué d'un ultime pizzicato de contrebasse).

