
Barre qui Grince
[Couplet 1] Mon vieux navire prenait l’eau sans faire trop de bruit Comme font les grandes peines quand elles s’installent dans une vie Je tenais encore la barre, par orgueil plus que par foi En faisant semblant d’pas voir tout c’qui s’abîmait en moi Les voiles pendaient en silence, les cordages étaient las La coque ouvrait ses blessures là où personne ne va Et moi j’disais : “Ça tiendra bien, encore un peu, encore demain” Comme disent les hommes fatigués quand ils n’attendent plus rien [Pré-refrain] Et toi t’es venue sans bruit, sans grand discours Avec tes yeux de marée claire et tes façons d’amour Tu n’as pas dit : “Tu coules” Tu m’as dit : “Viens voir” Comme si réparer l’vivant pouvait encore valoir [Refrain] C’est ma fée qui a repris la mer avec moi Qui m’a dit doucement : “Capitaine, n’abandonne pas” On va combler les voies d’eau, refaire les voiles un peu Et si ton navire tremble encore je resterai là au milieu C’est ma fée qui a repris la mer avec moi Pas avec de grands miracles, juste ses mains et sa voix Moi j’laissais mourir le bois en croyant tenir bon Elle m’a appris qu’on sauve mieux un monde quand on accepte enfin l’aide d’un autre horizon [Couplet 2] Alors on est descendus ensemble au fond de la cale Là où l’eau froide montait sous ma vieille fierté navale Elle tenait la lampe haute, moi j’cherchais où commencer Et tout paraissait moins perdu rien qu’au fait d’être accompagnés On a bouché les fissures une à une, lentement Comme on reprend son souffle après trop d’années de vent Elle avait du sel aux poignets, moi du silence aux mains Et pour la première fois j’ai trouvé ça beau, d’réparer au lieu d’attendre la fin [Pré-refrain] Puis elle a levé les yeux vers mes voiles déchirées Et m’a souri comme si le ciel pouvait se recoudre aussi Alors côte à côte dans l’air du matin pâle On a remis un peu d’espoir sur ma carcasse navale [Refrain] C’est ma fée qui a repris la mer avec moi Qui m’a dit doucement : “Capitaine, n’abandonne pas” On va combler les voies d’eau, refaire les voiles un peu Et si ton navire tremble encore je resterai là au milieu C’est ma fée qui a repris la mer avec moi Pas avec de grands miracles, juste ses mains et sa voix Moi j’laissais mourir le bois en croyant tenir bon Elle m’a appris qu’on sauve mieux un monde quand on accepte enfin l’aide d’un autre horizon [Pont] Elle, la fille des étoiles, des cartes posées dans la nuit, celle qui met de la cannelle dans les jours gris, elle regardait mes ruines comme d’autres regardent l’aube : pas comme une fin, comme quelque chose qu’on peut encore remettre à flot Et moi, vieux pirate usé, j’apprenais contre son épaule qu’un homme n’est pas moins fort quand il laisse une âme douce l’aider à tenir le rôle [Refrain final] Oui, c’est ma fée qui a repris la mer avec moi Qui m’a dit : “Ton navire vit encore, n’le condamne pas” On a bouché les voies d’eau, redressé les mâts tremblants Et dans le creux de ses gestes j’ai senti revenir le vent Oui, c’est ma fée qui a repris la mer avec moi Elle n’a pas effacé les tempêtes, mais elle a tenu là Et depuis je sais qu’un cœur, comme un grand vaisseau blessé Ne demande pas toujours un miracle Parfois juste quelqu’un pour l’aider à traverser [Outro] S’il flotte encore aujourd’hui, c’est qu’elle est restée un peu. Assez pour tenir la lampe, recoudre le ciel, et me convaincre que même les vieux navires méritent encore de revoir le bleu.

