
Palmeria, le vent, la mer, le Viking et moi. Bon, ça fait quoi… une à deux semaines qu'on est ensemble ? Et le Viking ultra enthousiaste me dit, I go get my catamaran ! Moi, amusée, Ton catamaran ? Naturellement ! Et si ! Il revient avec un hobbit-cat de course. Un mini-kat en kit, fabriqué par les trolls. Un drakkar de sport, pour s'entraîner à la Route du Rhum. Un jour après, on l'assemble devant la rampe de mise à l'eau. Lui, hyper concentré. Moi, hypo novice. Ses consignes se font rares, alors mon esprit divague. Je regarde les bateaux, les mouettes, les nuages, j'écoute le vent, je rêve… Le Viking me rappelle à l'ordre ! Ready to launch ? Ready ! One, two, three, push ! Nickel ! Il grimpe à bord avec l'aisance d'un Viking né sur l'eau… Mais le vent ramène le hobbit-cat vers le quai. Si ses flotteurs raclent le béton, ça va faire mal au bateau. Le Viking me regarde et me lance HOLD ON ! Moi (jamais entendu ce mot-là de ma vie) Pardon ???? HOLD ON ! HOLD THE BOAT ! What is “hold on” ? Heureusement, il mime… Malheureusement, je ne suis pas bilingue en mime. Alors, docile, je hold. Sauf que je hold rien du tout, en fait. J'attrape le flotteur à l'avant. Aïe ! Merdouille ! L'arrière du bateau tourne et menace de racler le quai. NO, GO BACK ! Je cours à l'arrière, j'attrape le flotteur et forcément… l'avant tourne. C'est ballot ! NO, HOLD ON, HOLD ! GO FRONT ! Je repars à l'avant. Je hold. Le bateau pivote, je zigzague, on danse. Un tango parfait ! Heureusement, danser, ça, je sais faire ! Je ne sais pas trop où ça va nous mener tout ça, mais je n'ai pas perdu mon jeu de jambes, ni mon sens du tempo. Pas chassés droite-droite, pas chassés gauche-gauche… Nous voilà rassurés ! Le capitaine Hurle-le-vent NO ! NOT HERE ! THERE ! Une mouette stationne face au mistral, juste au-dessus de nous. Elle confirme Kaiii ! exact ! Et me montre la direction Kaii kaii ! par là ! Aussitôt, je vois la scène à travers ses yeux. Vu d'en haut, le hobbit-cat ressemble à une aiguille de boussole qui cherche le nord. Léger comme une plume, ballotté comme un petit bouchon, il se fait malmener par les vagues. Ses deux coquilles de noix dérivent dangereusement vers le quai. Pour éviter la casse, le capitaine Tout-Rouge, cheveux vol-au-vent, lance ses ordres au moussaillon, qui zigzague comme un crabe de compétition. En bas, je fais des allers-retours en mode mi-panique, mi-fou rire. Ce mouvement de métronome me renvoie directement à la même sensation que j'avais quand j'étais petite… Flashback instantané ! Avec ma petite sœur, on faisait deux énormes pâtés de sable à 25 mètres l'un de l'autre. La première qui arrive à en aplatir un des deux a gagné ! Au top départ, chacune partait d'un monticule, et on courait comme des dératées pour sauter très haut et atterrir à pieds joints sur le pâté d'en face. Puis demi-tour et on recommençait en sens inverse, sans s'arrêter. C'était aussi cardio qu'euphorisant ! On riait tellement en se croisant qu'on ne pouvait jamais aller au bout de notre jeu. On finissait toujours par se rouler dans le sable en riant à perdre haleine, le cœur battant la chamade. Le corps a une mémoire. Plus c'est absurde, plus je ris. Mes allers-retours effrénés ont réveillé ma madeleine de Proust J'ai le fou rire, je ne peux plus m'arrêter. De son côté, le capitaine Haddock a formé sa fille depuis l'enfance aux courses de bateaux. Elle est devenue sa coéquipière aguerrie. Attendri par mes réflexes de débutante, il est aussi patient avec moi qu'il l'était avec elle ! Il voit bien que pour moi, c'est juste un jeu. Et lui, il adore jouer ! Mon fou rire lui rappelle celui de sa fille chérie et le touche en plein cœur ! Irrésistible ! Un sourire d'ange illumine son visage, son regard vigilant pétille. Il se met à rire de concert ! Finalement, rien ne remplace l'expérience ! Le vieux loup de mer réussit à stabiliser la bête et à décoller du quai. Hop, je grimpe à bord et c'est parti mon kiki ! Enfin presque… car à mon grand étonnement, le mistral nous fait dériver, assez lentement, mais très sûrement, tout droit vers un yacht de luxe de 50 mètres de long et de 4 mètres de haut. Sûrement celui des Beckham ou de Beyoncé? Sans pagaie, sans bout, sans gilets, on dirait deux sacs plastiques sur un pédalo. À moins d'un miracle, on va se fracasser sur sa coque, avant même d'être sortis du port ! Et pendant ce temps suspendu… Je suis complètement fascinée par sa coque scintillante bleu nuit et blanc nacré. Je n'ai qu'une idée en tête : caresser sa peinture pailletée en 3D. Plus on s'approche, plus j'admire ces pigments de mica qui captent la lumière comme un joyau sur l'eau ! Quelle merveille ! Quitte à y rester, autant finir dans les étoiles ! Heureusement, le maître du gouvernail rugit fermement pour garder le cap HOLD ON Moi — Ça y est, il remet ça !

