
Y’avait des croix sur tous les murs, des chapelets serrés dans les mains, des hommes qui parlaient de Dieu, pis des enfants qui comprenaient rien. On leur disait : « Sois sage… Dieu te regarde. » Mais quand les portes se fermaient, qui donc regardait les gardiens? ⸻ Ils étaient enfants sans défense, des petits noms sur des papiers, placés derrière les murs du silence, là où personne venait les chercher. Sous les soutanes, sous les prières, sous les portraits du Sacré-Cœur, on leur apprenait que sur cette terre fallait obéir malgré la peur. Certains étaient orphelins de père, d’autres enfants qu’on voulait cacher, nés du mauvais bord des convenances, dans un Québec qui savait condamner. Pis quand l’État changeait les étiquettes, un enfant pouvait devenir malade, un mot écrit au bout d’une tablette, et sa jeunesse tombait en rade. On disait : « C’est pour votre bien. » On disait : « Le bon Dieu le veut. » Mais câlisse… quand t’as huit ans, comment tu peux te défendre contre eux? ⸻ Oh, les enfants qu’on a damnés, avant même qu’ils sachent pécher, derrière les murs des communautés, combien de cris sont restés enfermés? Au nom du Père, au nom du Fils, combien de blessures sous les crucifix? Ils demandaient seulement d’être aimés, les enfants qu’on a damnés. Et si le ciel les entendait pleurer, pourquoi personne est venu les chercher? Tabarnak, dites-moi où Dieu était quand ses enfants avaient peur de respirer? ⸻ On les appelait parfois débiles, malades mentaux, bons à interner, des mots faciles, des mots terribles, pour des enfants qu’on pouvait déplacer. Des orphelinats devenaient asiles, et leur avenir changeait de nom, des dossiers froids, des vies fragiles, perdues dans l’administration. Certains ont connu les coups, les humiliations, les punitions, le corps courbé, les yeux vers le sol, la peur élevée comme religion. Et ceux qui osaient parler trop fort apprenaient vite à se taire, parce qu’un enfant derrière une porte pèse pas lourd devant une institution entière. « Pardonne-nous nos offenses », ils récitaient ça à genoux. Mais ceux qui brisaient leur enfance, qui leur demandait pardon, à eux? ⸻ Oh, les enfants qu’on a damnés, avant même qu’ils sachent pécher, derrière les murs des communautés, combien de cris sont restés enfermés? Au nom du Père, au nom du Fils, combien de blessures sous les crucifix? Ils demandaient seulement d’être aimés, les enfants qu’on a damnés. Et si le ciel les entendait pleurer, pourquoi personne est venu les chercher? Crisse, dites-moi où Dieu était quand ses enfants avaient peur de respirer? ⸻ Y’avait Duplessis, y’avait son époque, l’Église puissante et l’État complice, une société enfermée dans ses codes, où l’obéissance ressemblait à justice. La honte entourait les filles-mères, leurs enfants portaient le prix, comme si naître hors des bonnes manières était déjà salir le paradis. On leur volait parfois l’instruction, on leur volait surtout des années, et quand venait enfin la sortie, fallait apprendre seul à exister. Comment trouver une place dehors quand on t’a répété depuis petit que t’étais moins qu’un autre, que t’étais malade, perdu, maudit? Y’en a qui ont traîné leurs blessures jusqu’au dernier jour de leur vie, cherchant dans chaque porte qui s’ouvre l’enfance qu’on leur avait prise. ⸻ Je ne condamne pas la foi de celui qui prie pour tenir debout. Je ne condamne pas la grand-mère qui serrait son rosaire contre son cou. Je parle du pouvoir quand il devient intouchable. Je parle du silence quand le silence devient coupable. Parce qu’une croix ne devrait jamais cacher un bourreau. Parce qu’une prière n’efface pas les bleus sur la peau. Parce qu’un enfant n’est jamais un péché à enfermer. Pis aucun ostie de système devrait avoir le droit de l’oublier. ⸻ Des années plus tard, ils ont parlé, avec leurs dossiers et leurs mémoires, pour remettre leurs vrais noms sur les pages arrachées de l’histoire. Ils voulaient pas seulement de la pitié, ils voulaient qu’on ose regarder, qu’on arrête de dire : « C’était l’époque », comme si ça pouvait tout pardonner. Parce qu’une époque, c’est fait de monde, de décisions, de portes, de clés, de ceux qui frappent, de ceux qui ordonnent, et de ceux qui choisissent de pas regarder. Alors aujourd’hui, quand les cloches sonnent, qu’on entende aussi derrière leur bruit la voix de ceux que notre mémoire a trop longtemps laissés dans la nuit. ⸻ Oh, les enfants qu’on a damnés, aujourd’hui vos noms doivent rester, pas comme des chiffres abandonnés, mais comme des vies qu’on doit raconter. Au nom du Père, au nom du Fils, on ne cachera plus rien sous les crucifix. La foi n’excuse pas la cruauté, et Dieu n’appartient pas aux autorités. Oh, les enfants qu’on a damnés, vous aviez le droit d’être protégés. Vous aviez le droit de rire et jouer, vous aviez le droit d’être des enfants, sacrament! Et si l’histoire préfère oublier, ben nous autres, on va la réveiller. ⸻ Y’avait des croi

