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AUTOPSIE

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V6

[INTRO — VOIX 1] Silence dans la salle, on ouvre le dossier, Pas besoin d’un scalpel pour voir c’qui s’est passé. J’viens chercher les traces, les fractures, les séquelles, Bienvenue dans l’autopsie d’une époque artificielle. [COUPLET 1 — VOIX 1] J’examine les débris d’une existence en sursis, Les rêves sont sous perfusion, les ambitions anesthésiées. Dans la cage thoracique : un cœur encore en activité, Mais tellement de cicatrices qu’il pourrait témoigner. J’prélève un morceau d’enfance au fond des souvenirs, Une enfance en voie d’disparition qu’on ne peut plus reconstruire. Les regrets sont incrustés comme du plomb dans les artères, Et l’orgueil fait circuler son poison dans le système. J’observe les contusions laissées par les déceptions, Les hématomes émotionnels sous les couches de protection. Diagnostic compliqué : trop d’promesses non tenues, Pronostic réservé depuis qu’on nous apprend à nous taire. J’cherche encore la cause, mais les causes sont multiples : Pression sociale, solitude, ambitions contradictoires. Le patient voulait vivre, mais le monde voulait des chiffres, Alors j’inscris sur le rapport : « décès de l’intérieur ». [COUPLET 2 — VOIX 2] J’entre dans la pièce avec mes gants, mon regard clinique, J’disséque les mécanismes d’un malaise collectif. Sous la peau : des souvenirs, des traumatismes chroniques, Et des rêves compressés par des réflexes défensifs. J’ouvre la boîte crânienne : pensées en surcharge, Des scénarios catastrophes tournent encore en boucle. On lui disait « sois fort », alors il serrait les mâchoires, Sans jamais demander pourquoi son silence devenait lourd. Dans l’abdomen, j’retrouve un paquet d’peurs mal digérées, Des phrases jamais prononcées, des colères mal classées. Dans les poumons : quelques bouffées d’espoir résiduelles, Preuve irréfutable que la victime respirait encore. J’prélève une larme séchée, conservation impossible, Échantillon d’une époque où montrer ses failles était risqué. Je referme doucement, conclusion provisoire : Le corps est fatigué, mais l’âme refuse encore de choir. [REFRAIN — LES 3 VOIX] VOIX 1 : Autopsie, j’cherche où s’est arrêtée la vie, VOIX 2 : Dans les rêves oubliés, dans les promesses enfouies, VOIX 3 : Dans les blessures qu’on cache derrière des sourires polis, LES 3 : J’ouvre le cœur, y’a encore du bruit. VOIX 1 : Autopsie, mais personne n’est vraiment mort, VOIX 2 : Y’a des braises sous la cendre et des fantômes dans le corps, VOIX 3 : Si tu retrouves la cause, tu retrouveras peut-être l’effort, LES 3 : On voulait faire l’autopsie — mais le cadavre respire encore. [COUPLET 3 — VOIX 3] Moi j’examine les mains : elles tremblent mais elles bâtissent, Elles portent les erreurs, les responsabilités, les vices. Des années de travail ont marqué chaque phalange, Mais aucune cicatrice ne raconte tout c’qui change. J’regarde dans les veines : y’a du doute en circulation, Mais aussi cette rage étrange appelée détermination. Le laboratoire confirme une anomalie dans le sang : Une quantité anormale de « j’essaierai encore demain ». Dans les yeux : des départs, des visages, des adieux, Des endroits qu’on a quittés pour devenir quelqu’un d’autre. La rétine conserve encore l’image de ceux Qu’on prétend avoir oubliés quand leur absence nous ronge. Je relève le dossier, j’inscris les observations : « Sujet profondément marqué par son environnement. » Mais sous « cause du décès », j’laisse une annotation : « Impossible à déterminer : le sujet vient de se relever. » [PONT — 3 VOIX] VOIX 1 : Tu voulais savoir c’qui nous tue ? VOIX 2 : Regarde ce qu’on devient. VOIX 3 : Tu voulais savoir c’qui reste ? VOIX 1 : Regarde ce qu’on retient. VOIX 2 : Les blessures font partie d’nous, VOIX 3 : Mais n’écrivent pas la fin. LES 3 : On nous croyait condamnés — On préparait juste le terrain. [DERNIER REFRAIN — LES 3 VOIX] Autopsie, j’cherche où s’est arrêtée la vie, Dans les rêves oubliés, dans les promesses enfouies, Dans les blessures qu’on cache derrière des sourires polis, J’ouvre le cœur, y’a encore du bruit. Autopsie, mais personne n’est vraiment mort, Y’a des braises sous la cendre et des fantômes dans le corps, Si tu retrouves la cause, tu retrouveras peut-être l’effort, On voulait faire l’autopsie — VOIX 1 : du passé. VOIX 2 : des regrets. VOIX 3 : des défaites. LES 3 : Mais le cadavre respire encore.