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Les larmes que je ne verse pas

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V6

On dit qu'en Sicilia, les femmes Ne pleurent pas devant les hommes. Qu'elles portent au fond de leur âme Le poids des absents qu'on leur nomme. Alors je me tiens droite encore, Le regard tourné vers le soir. Mais il est des chagrins si forts Qu'ils font trembler jusqu'à l'espoir. Mes sœurs, où sont passées vos voix ? Vos rires au détour des chemins ? Je tends parfois les bras vers vous, Mais ne rencontre que le matin. Il reste une place à notre table, Une chanson que nul ne reprend. Et ce silence insupportable Qui grandit doucement avec le temps. Vaincre ou mourir... C'était ton serment. Tenir sans fléchir, Jusqu'au dernier instant. Et moi, je reste là, Le cœur chargé de toi. Je porte ton histoire, Les larmes que je ne verse pas. Tu étais seule face à leurs rangs, Tant d'ennemis, si peu d'espoir. Mais tu t'es dressée dans le vent, Sans détourner les yeux du noir. Tu savais le prix du courage, Tu savais ce que coûtait l'honneur. Et tu as tenu dans l'orage, Fidèle à ton serment de soldat. Ils ont pu faire tomber ton corps, Mais non la fierté de ton nom. Car même au seuil de la mort, Tu n'as pas trahi ta mission. Vaincre ou mourir... C'était ton serment. Tenir sans fléchir, Jusqu'au dernier instant. Et moi, je reste là, Le cœur chargé de toi. Je porte ton histoire, Les larmes que je ne verse pas. Et vous qui parlez de l'Empire, Qui prétendez servir son honneur, Comment pouvez-vous encore sourire En méprisant ceux qui meurent ? Vous avez oublié les tombes, Les noms gravés dans la mémoire. Quand les derniers drapeaux retombent, Vous souillez jusqu'à leur histoire. Je ne vous demande pas de croire Aux mêmes rêves, aux mêmes lois. Mais devant ceux qui sont tombés, Le respect devrait faire loi. Vaincre ou mourir... C'était ton serment. Tenir sans fléchir, Jusqu'au dernier instant. Et moi, je reste là, Le cœur chargé de toi. Je porte ton histoire, Les larmes que je ne verse pas. Ma sœur, je voudrais tant te dire Les choses qu'on remet à demain. Un dernier mot, un dernier rire, La chaleur de ta main dans ma main. J'aurais voulu te voir vieillir, Te retrouver au coin du feu. Mais tu as choisi de tenir, Et je dois apprendre à vivre sans toi. Vaincre ou mourir... C'était ton serment. Tenir sans fléchir, Jusqu'au dernier instant. Et moi, je reste là, Le cœur chargé de toi. Je porterai ton histoire, Les larmes que je ne verse pas. Je suis siciliane, ma sœur, Et mes yeux resteront sans larmes. Mais personne ne voit mon cœur Quand il dépose enfin les armes. Si je ne peux pleurer pour toi, Alors je chanterai tout bas. Jusqu'à ce que le monde entende Les larmes que je ne verse pas.