
Fontevraud texte et voix de Christian Defebvre
Fontevraud se déploie comme le témoin ancien. D’un monde, d’un royaume, développé en son sein. Des femmes y régnaient, d’un pouvoir souverain, Espérant démontrer l’art du pouvoir féminin. Les cloîtres sont des mers où l’ombre vient glisser, Et les jardins secrets, des chapelles de pierre. Le vent y parle bas, comme une voix première Qui cherche dans les cœurs un souffle à raviver. Mais c’est dans l’abbatiale, au sol sacré, gravé, Que dort la majesté des rois de l’Angleterre. Henri, Richard, Aliénor, la reine fière, Y reposent ensemble, en un calme élevé. Leurs gisants polychromes, en couleurs ravivées, S’allongent comme un livre ouvert sur la mémoire. On dirait que leurs yeux, dans l’éternelle histoire, Veillent encore un peu sur les siècles passés. Aliénor tient un livre, et son geste apaisé Semble offrir à la nuit la sagesse des pages. Richard, tel un lion, défie tous les âges, Et son marbre respire un courage embrasé. Henri, lourd de regrets, semble enfin reposé, Lui qui porta l’Europe en son vaste empire. Et l’on sent, dans le chœur, un murmure qui vire, Comme un souffle royal que nul n’a déposé. Aujourd’hui, sous le ciel que le soir vient baiser, L’abbaye renaît d’art, de musique et de flamme. Les siècles s’y répondent, et l’on croit que son âme Chante encore les rois que la mort a posés. Ô Fontevraud, gardienne aux murs ressuscités, Tu portes dans ton cœur la grandeur des dynasties. Et ton ombre, au couchant, semble dire à demi Que le temps, devant toi, s’incline en vérité.

